Je te hais pour ces silences. Je te hais pour cette hypocrisie. Je te hais à n'en plus pouvoir.
Pourquoi ? Pourquoi à chaque fois ?
Pourquoi encore ? Pourquoi toujours ?
Pourquoi dis moi pourquoi.
Dis moi pourquoi j'ai si mal. A chaque fois. Pourquoi j'ai si mal encore. Pourquoi j'ai di mal toujours. Dis moi pourquoi je souffre de t'aimer autant. Dis moi pourquoi je souffre cet éloignement.
J'ai toujours cru que tu serais là. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'il advienne. J'ai toujours cru que tu m'aimerais toujours. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'il advienne. J'ai toujours cru que tu me soutiendrais. Quoi qu'il arrive.
Quoi qu'il advienne.
Où es-tu ? M'aimes-tu toujours ? Me soutiens-tu ?
Pourquoi je me sens trahie ?
Pourquoi es-tu allée chercher leur soutien ? Leur philosophie d'ailleurs & critiques informulées. Pourquoi je sens tes reproches froids & distants à travers leurs mots ?
La honte de la famille.
C'est ça que tu veux ? C'est ça que tu veux entendre ? C'est ce qui te fait peur ?
J'ai toujours été la petite fille modèle. Je ne savais pas encore m'occuper de moi que je m'occupais déjà d'Elle. Je ramenais bonne note sur bonne note dans l'espoir que tu me voies. Je faisais mes devoirs seule & à la perfection pour que tu sois fière. Je déclenchais des avalanches de compliments pour que tu m'entendes. J'attisais l'envie & la jalousie de toutes ces mères qui voulaient que je sois leur fille. Je finissais par chercher le réconfort & l'affection là où on s'y attend le moins. J'en venais même à apprécier l'attention que me portait les profs. C'était déjà ça, ou rien du tout. J'ai été la perfection pour toi. Je voulais juste que tu me regardes. Je voulais être digne de toi. Digne d'être ta fille. Tu étais tellement forte. & moi si faible à côté.
Mais la perfection ne te suffisait pas.
Elle te laissait indifférente. Qu'importe. J'ai persisté. J'ai persisté à vouloir être la perfection pour attirer ton attention. Je me suis pris une bonne claque en 6e. Ne plus être la meilleure. Ça a été dur. Si dur. Le collège. L'arrivée de notre Princesse. Déjà que tu ne me voyais pas. Tu ne me voyais plus du tout. J'ai eu si mal. J'ai persévéré. Encore & encore. Mais c'est qu'en 5e qu'un truc énorme m'est tombé dessus. Ils appellent ça "l'Amour". Avec un grand T pour moi. C'est lui qui m'a aidée à oublier à quel point j'étais insignifiante à tes yeux. Oui. Parce que moi je comptais à ses yeux. La 4e, l'année de la renaissance. Je découvrais la confiance en soi pour la première fois. Je touchais le bonheur du bout des doigts. Ou peut être nageais-je en plein dedans. J'étais aimée. & ça fait du bien. Alors moi aussi je l'ai aimé. Je l'ai aimé à en mourir. Ou presque. Je l'ai aimé tellement, je l'ai aimé si fort que mon monde a explosé. Je me suis écroulée. La 3e. Le début de mon enfer. Mon accident avec la réalité. J'y ai laissé un bout de moi. J'y ai laissé le peu qu'il me restait d'innocence & de confiance. Détruite. Il m'a fallu beaucoup de temps pour tout reconstruire. Pierre par pierre. Poussière par poussière. Où étais-tu ? Où étais-tu à ce moment là ? Où étais-tu quand pour la première fois de ma vie j'avais vraiment besoin des mots rassurants d'une maman ? OU ETAIS-TU ? Pas là. Pas auprès de moi.
Mais là haut, tout là haut dans ta tour, à me jeter des phrases qu'on ne dit pas à une adolescente au coeur brisé. Mais ne t'en fais surtout pas. J'y suis parvenue sans toi. La 2nde, mon apogée. La vie me sourit & je le lui rends. Les amis, les études & presque l'amour. J'aime la vie. Je la croque à pleines dents & me ressers encore & encore. J'étais heureuse. Je n'avais pas besoin de plus. J'avais atteint un bonheur inespéré. Sans ton aide. Ma fierté à moi. Mais c'est toujours quand on s'y attend le moins que le pire vous arrive. La 1ère, ma décadence. Une chute vertigineuse & sans retour. Un abîme sans fin. Le trou de mon existence. Quand tout s'écroule & s'écroule autour de vous. Une fois encore tu étais là avec tes grands airs. Tes grandes théories. Tes critiques pré-enregistrées. Je ne m'en suis pas remise. J'ai juste appris à vivre avec. La terminale, mon bac. L'alpha & l'oméga. Le début & la fin. Mon début & ma fin.
*
L'été 2009. L'été de ma vie. Celui où je me réveille enfin.
Prise de conscience. La vie, c'est pas juste le chemin tracé par les profs au feutre rouge. C'est pas juste celui pour lequel tout le monde se bouscule pour y mettre un doigt de pied. La vie c'est pas juste une histoire de chemin & d'arrivée.
La vie, c'est le chemin que l'on se trace au crayon à papier.
J'ai mis du temps à le comprendre. Trop occupée à rester au milieu du chemin rouge pour que tu sois fière. A ne pas m'écarter du chemin pour que te montrer que je suis quelqu'un. A marcher à grands pas pour atteindre la ligne d'arrivée,
mon salaire & ton ex future maison secondaire.
Mais j'ai choppé mon crayon, bien décidée à tracer mon petit chemin. Des traits pas nets, des lignes tortueuses, des gribouillis. Farandole de ratures. Ma vie. Entre mes mains.
*
Je le regretterais peut être dans quelques années.
Je regretterai ces chiffres manquant sur ma fiche de paie. Je regretterai le prestige.
Peut être. Ou pas.
Tu me connais assez bien pour savoir que je n'aurai pas tenu.
Allons, faut pas se mentir. Tu le dis si bien. Je suis faible, n'est ce pas ? Je n'ai pas le mental. Tout est dans la tête. & je suis sensible. Trop sensible. Faible. Pas un mental de battante, de forte. Pas comme toi. Normal, vu que tu mas détruite dans l'oeuf. Tu m'as écrasée & diminuée. Involontairement surement. Mais tu l'as fait. Je n'ai jamais eu confiance en moi. Je n'ai pas le goût de la compétition. A quoi bon ? Pourquoi se battre encore & encore quand on en voit le résultat. Hein ? Regarde, je ne me battue pour toi. Où cela m'a-t-il menée aujourd'hui ?
Hein ? Où ça ? Nul part.
Je n'ai pas le mental. Cette faiblesse m'aurait tuée. Peut être pour de bon cette fois.
Après toutes ces années j'ai fini par apprendre à me connaître. J'ai testé mes limites.
& je les touche régulièrement.
J'ai choisi de vivre. J'ai choisi de ne pas me laisser dépérir.
J'ai choisi de m'écouter.
Trop longtemps je me suis tue.
Tue dans l'espoir d'entendre le moindre de tes murmures. Dans l'espoir qu'un d'eux s'adresse à moi. Je ne veux plus me taire. Je ne veux plus. Tant pis si ça te dérange. Tant pis si tu te sens mal.
Tant pis si je te fais honte. Tant pis.
Je ne serai pas ingénieur Maman.
Mais j'ai tout de même mal.
Parce que une fois le voile de la colère estompé. Une fois ma lucidité revenue. J'ai mal. Je pensais pouvoir compter sur toi. Encore & toujours. & pour toujours. Je pensais que tu m'aimerais quoi qu'il arrive & quoi qu'il advienne. Je pensais que je pouvais avoir confiance en toi, quoi qu'il arrive & quoi qu'il advienne. Plus d'un mois que je vis dans le secret. Que je brule de te parler. Que je meurs de me confier. Que te mentir m'envahit de culpabilité.
Mais ma confiance a volé en éclats. Une fois encore.
Je ne pourrais plus avoir confiance en toi tant que, toi,
tu n'auras pas entièrement confiance en moi.
Pourtant Maman tu sais, je suis heureuse avec lui.
J'aurais voulu que tu le saches. J'aurais voulu que tu sois contente pour moi. J'aurais voulu que tu le rencontres. J'aurais voulu que tu essayes. Parce que au fond, je sais que tu le sais. J'aurais tellement voulu pouvoir tout t'avouer. Tu l'aurais peut être mal pris, tu m'aurais peut être reniée, peut être même que tu aurais compris. Il me rend heureuse Maman.
J'aurais voulu pouvoir te faire partager ce bonheur.